Râlerie et raillerie
De sa voix jeune et à demie éraillée, Romain Lateltin n'est pas du genre à dérailler. Dès le début l'artiste lyonnais joue à merveille le français râleur. Le ton est donné. Les gamins, la télé, la climatisation, les indécis, les strings : rien ni personne, aucun genre d'humain, aucune réalité n'échappe au tableau musical de Romain Lateltin.
Dans un style incisif et rimé, les paroles de cet opus laisse une belle place à l'accompagnement. La guitare et les voix, les bruits et les impros (car il y a bien quelque chose de spontané qui se cache dans ce 3è album) prennent parfois le pinceau de l'artiste pour rajouter des touches de musique colorées par-ci par-là. L'album ne donne pas seulement une place d'honneur à l'imagination des musiciens mais aussi à celle du public. De longues intro sans parole, des silences, des plages totalement instrumentales ( "le formatage a échoué"). Comme si, avant d'écouter la suite des ses bavardages, le râleur nous demandait "vous êtes sûr de vouloir continuer?, réfléchissez- y!"
Emporté dans le récit de cet "imbuvable" et "insupportable" râleur, on oublierait presque que derrière l'humour cinglant et l'autodérision ( "j'ai même pas trouvé de refrain"!), se cache un réalisme véritable. Romain Lateltin dépeint des profils (le misanthrope, le tiède, le méprisant) et des situations vraies qui parlent à tous. Et comme pour donner l'occasion d'y réfléchir, une parenthèse instrumentale (" la plénitude acte I") offre une pause juste avant la fin de l'album. Entre mélodies naïves et bruitages recherchés, cette histoire est un vrai sketch ironique sur la râlerie. Bruits de bouches, claquements de langues, onomatopées jazzy, intrusions parlées. La richesse sonore du Râleur made in France ( sorti en mars 2009) dessine un sourire sur les lèvres de celui qui écoute le râleur râler.
Mais, et comme tous les râleurs qui se respectent, la fin de l'album n'est pas la fin du râleur. Les dernières paroles ramènent aux premières: "J'en ai marre!", comme la clé de l'album!
Voilà enfin un râleur qu'on aime entendre râler. Un album intelligemment décalé.
un minimum à écouter: tout !
http://romainlateltin.com/
http://www.myspace.com/romainlateltin
Pas fragile?
Tout commence en 2001.